Hiver 54
Pour être tout à fait sincère, les causes humanitaires me dépassent. Je suis toujours au moins impressionné de voir les gens arrêter provisoirement de regarder leurs nombrils pour donner de l'argent, ou de l'huile de coude, à des organismes dont l'activité ne leur rapporte rien. Ce n'est pas être cynique ou un monstre d'égoisme que de dire cela, il m'est arrivé comme à à peu près tout le monde de faire un geste, mais à mon sens cela va tellement à l'encontre de la nature de 99,9% de la population que cela ne lasse pas de me surprendre.
Et oui, nous sommes de petits animaux très attachés à nos petites survies, marchant volontiers sur le visage de son petit voisin pour grapiller un bout de territoire, que le processus soit conscient ou non. Tout n'est affaire que de survie. Donc je me demande ce qui mobilise ceux qui aident. La volonté de se faire "bien voir"? Une volonté de laver sa mauvaise conscience sans aller à confesse?
J'avoue que la notion d'acte desinteressé me parait si totalement aux antipodes de la nature humaine que j'en ai la tentation d'aller chercher des raisons mal placées.
Et peut-être, parfois, n'y en a-t-il pas.
Il semblerait qu'il y ait, parfois, des personnes si dévouées aux autres qu'elles le fassent vraiment de manière desinteressée.
Et il y en a une qui s'est éteinte cette nuit à 94 ans.
Sincérement, je n'ai jamais participé à son combat. Je ne me suis jamais vraiment senti concerné par ses luttes. Tout ce que j'avais noté jusqu'à présent, c'est que pour réussir son combat, il avait tourné le dos à l'église, qui manifestement le laissait le bec dans l'eau, tout en en gardant le titre, comme une espèce d'AOC.
Et pourtant, quand ce matin aux infos j'ai appris que l'Abbé Pierre était mort, j'ai ressenti qu'une vie de vocation et de dévotion s'était éteinte, et qu'elles étaient trop peu nombreuses pour ne pas les saluer.
Hommage donc d'un petit survivant parmi les autres à un de ces êtres qui ont un don magnifique: le sens du sacrifice.

Et oui, nous sommes de petits animaux très attachés à nos petites survies, marchant volontiers sur le visage de son petit voisin pour grapiller un bout de territoire, que le processus soit conscient ou non. Tout n'est affaire que de survie. Donc je me demande ce qui mobilise ceux qui aident. La volonté de se faire "bien voir"? Une volonté de laver sa mauvaise conscience sans aller à confesse?
J'avoue que la notion d'acte desinteressé me parait si totalement aux antipodes de la nature humaine que j'en ai la tentation d'aller chercher des raisons mal placées.
Et peut-être, parfois, n'y en a-t-il pas.
Il semblerait qu'il y ait, parfois, des personnes si dévouées aux autres qu'elles le fassent vraiment de manière desinteressée.
Et il y en a une qui s'est éteinte cette nuit à 94 ans.
Sincérement, je n'ai jamais participé à son combat. Je ne me suis jamais vraiment senti concerné par ses luttes. Tout ce que j'avais noté jusqu'à présent, c'est que pour réussir son combat, il avait tourné le dos à l'église, qui manifestement le laissait le bec dans l'eau, tout en en gardant le titre, comme une espèce d'AOC.
Et pourtant, quand ce matin aux infos j'ai appris que l'Abbé Pierre était mort, j'ai ressenti qu'une vie de vocation et de dévotion s'était éteinte, et qu'elles étaient trop peu nombreuses pour ne pas les saluer.
Hommage donc d'un petit survivant parmi les autres à un de ces êtres qui ont un don magnifique: le sens du sacrifice.

5 Août 1912 - 22 Janvier 2007
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