Pensées d'Irlande
Comme vous l'avez deviné, au moins pour les plus sagaces d'entre vous, je rentre juste d'Irlande...
Quel étrange pays... Les anglo-saxons sont vraiment des sujets d'interrogation perpétuelle pour moi. So british, cette facon de raisonner et de réagir si particulière, si lointaine de nos habitudes à nous, latins...
On m'avait vanté, tant et tant, la chaleur et l'hospitalité des Irlandais. Pour tout dire, j'ai été un peu déçu. Oh bien sûr les pubs sont des lieux réjouissants pour qui aime la fête, la convivialité et la Guiness. Mais je trouve chez nos homologues gaeliques un communautarisme assez dense, qui ne se craquelle que si l'on fait l'effort de leur parler un peu anglais, voire mieux, un peu gael... Pour apprendre l'Ogmah, je demande un délai de 15 ans...
Dublin n'est pas à proprement parler une belle ville. J'ai eu la chance de voyager dans divers points du globe, et je ne pense pas conserver de Dublin les images fortes que j'ai pu glaner ici ou là. Pas vraiment, par exemple, d'édifice qui frappe les sens. St Patrick est une cathédrale dont on sent qu'elle devait assumer le poids de la religion dans ce pays, un monument terrible, imposant, qui devait imposer la ferveur. Le Chateau de Dublin est vraiment un chateau sans saveur, fin renaissance, lourd et massif... Et les rues de Dublin, quoiqu'ayant pris avec un certain brio le virage de la modernité, sont devenues assez stériles...
Et il ne s'agit là que du Dublin historique, le reste étant hélas une banlieue ouvriere... Où sont passés les monuments de l'insurrection? Noyés dans la masse du progrès...
La vraie richesse de la ville, il importe alors d'aller la chercher dans ses musées.
Premier point, sidérant: les musées nationaux sont gratuits... Subventionnés par l'Etat, il est loisible à chacun de verser une obole dans le tronc idoine. A vrai dire, ils ne sont pas exactement sensationnels, mais il n'empeche que l'initiative mérite un hourra...
A vrai dire, deux musées en particulier m'ont frappé (mais ceux-là étaient payants! -_- ):
- Le musée des écrivains rend grace aux illustres auteurs que Dublin a engendré. 5 nobels de littérature tout de même. Et l'on ne peut que s'incliner avec respect devant Shaw, Wilde, Joyce, Beckett, Stoker (et oui),Swift, j'en passe... Le musée, au travers d'objets personnels voire d'éditions originales, propose un passionnant tour d'horizon de la vie littéraire d'un peuple qui n'a longtemps eu que ce biais pour exister
- La fondation Chester Beatty est l'oeuvre d'un philantrope, qui a rassemblé une collection prodigieuse sur l'art de l'écrit sous toutes ses formes: calligraphie, imprimerie, etc, et également une collection passionnante sur l'écrit religieux et la doctrine religieuse en général, en Europe, Asie et Proche et Moyen Orient.
(NB: je précise à l'intention de ceux que ces notions pourraient intéresser deux bouquins passionnants: "la notion de littérature" de Todorov, "du texte à l'action" de Ricoeur, qui traitent comme leur titre l'indiquent de la notion même de littérature, lectures que l'on pourra agrémenter du "Discours de Suède" de Camus, sur la notion d'artiste.)
Et puis il y a le Pub. Le sacrosaint Pub. Le lieu sacré où tout Irlandais digne de ce nom s'en va boire sa Guiness, regarder le foot et refaire le monde.
Habitude étrange, que j'ai relevée par reflexe: ils commandent le verre suivant au milieu de leur consommation. Explication plausible: ils refusent d'attendre entre leur verre en cours et le suivant avant de reboire! Sage analyse s'il en est.
Notons tout de même que depuis l'interdiction de fumer, inexplicablement, je pense que les Pubs ont perdu une partie de leur atmosphere...
Mais la vraie Irlande, c'est hors des villes que l'on peut la rencontrer.
Dès que l'on est sorti de Dublin et sa ceinture d'autoroutes, on accède enfin à la campagne Irlandaise, terrible et dévastée, ou au contraire luxuriante et automnale.
Il faut être fou ou artiste pour vivre là-bas. Non pas le climat, plus clément qu'on ne le pense, mais ces ciels déchirés, cette campagne parfois mourante et parfois rieuse. Je me suis surpris à repenser à Chateaubriand. Il occupait la plus haute tour de la demeure familiale, enfant, et entendait le vent d'engouffrer en mugissant furieusement dans l'escalier de son antre, le tout dans une campagne désolée... Et bien 100 fois j'ai imaginé le petit Francois-René qui aurait fort bien pu être Irlandais.
L'on imagine sans peine ces terres rocailleuses, déchirées, la tourbe, le Bog... Mais le voir... C'est autre chose. Autre chose que je n'ai pas le talent de décrire. Décrire ces couleurs, ces reliefs, cette impression de chaos...
Fier. Fort. Et marqué à vie par un paysage qui ne peut que susciter un rapport au monde étrange, romantique et désolé. Tel doit être l'Irlandais, ramené, ce qui n'est peut-être pas pertinent, à des concepts très continentaux...
Je suis encore un peu là-bas. Je vais laisser le temps de murir à tout ca, et j'y reviendrai sans doute plus tard.
Quel étrange pays... Les anglo-saxons sont vraiment des sujets d'interrogation perpétuelle pour moi. So british, cette facon de raisonner et de réagir si particulière, si lointaine de nos habitudes à nous, latins...
On m'avait vanté, tant et tant, la chaleur et l'hospitalité des Irlandais. Pour tout dire, j'ai été un peu déçu. Oh bien sûr les pubs sont des lieux réjouissants pour qui aime la fête, la convivialité et la Guiness. Mais je trouve chez nos homologues gaeliques un communautarisme assez dense, qui ne se craquelle que si l'on fait l'effort de leur parler un peu anglais, voire mieux, un peu gael... Pour apprendre l'Ogmah, je demande un délai de 15 ans...
Dublin n'est pas à proprement parler une belle ville. J'ai eu la chance de voyager dans divers points du globe, et je ne pense pas conserver de Dublin les images fortes que j'ai pu glaner ici ou là. Pas vraiment, par exemple, d'édifice qui frappe les sens. St Patrick est une cathédrale dont on sent qu'elle devait assumer le poids de la religion dans ce pays, un monument terrible, imposant, qui devait imposer la ferveur. Le Chateau de Dublin est vraiment un chateau sans saveur, fin renaissance, lourd et massif... Et les rues de Dublin, quoiqu'ayant pris avec un certain brio le virage de la modernité, sont devenues assez stériles...
Et il ne s'agit là que du Dublin historique, le reste étant hélas une banlieue ouvriere... Où sont passés les monuments de l'insurrection? Noyés dans la masse du progrès...
La vraie richesse de la ville, il importe alors d'aller la chercher dans ses musées.
Premier point, sidérant: les musées nationaux sont gratuits... Subventionnés par l'Etat, il est loisible à chacun de verser une obole dans le tronc idoine. A vrai dire, ils ne sont pas exactement sensationnels, mais il n'empeche que l'initiative mérite un hourra...
A vrai dire, deux musées en particulier m'ont frappé (mais ceux-là étaient payants! -_- ):
- Le musée des écrivains rend grace aux illustres auteurs que Dublin a engendré. 5 nobels de littérature tout de même. Et l'on ne peut que s'incliner avec respect devant Shaw, Wilde, Joyce, Beckett, Stoker (et oui),Swift, j'en passe... Le musée, au travers d'objets personnels voire d'éditions originales, propose un passionnant tour d'horizon de la vie littéraire d'un peuple qui n'a longtemps eu que ce biais pour exister
- La fondation Chester Beatty est l'oeuvre d'un philantrope, qui a rassemblé une collection prodigieuse sur l'art de l'écrit sous toutes ses formes: calligraphie, imprimerie, etc, et également une collection passionnante sur l'écrit religieux et la doctrine religieuse en général, en Europe, Asie et Proche et Moyen Orient.
(NB: je précise à l'intention de ceux que ces notions pourraient intéresser deux bouquins passionnants: "la notion de littérature" de Todorov, "du texte à l'action" de Ricoeur, qui traitent comme leur titre l'indiquent de la notion même de littérature, lectures que l'on pourra agrémenter du "Discours de Suède" de Camus, sur la notion d'artiste.)
Et puis il y a le Pub. Le sacrosaint Pub. Le lieu sacré où tout Irlandais digne de ce nom s'en va boire sa Guiness, regarder le foot et refaire le monde.
Habitude étrange, que j'ai relevée par reflexe: ils commandent le verre suivant au milieu de leur consommation. Explication plausible: ils refusent d'attendre entre leur verre en cours et le suivant avant de reboire! Sage analyse s'il en est.
Notons tout de même que depuis l'interdiction de fumer, inexplicablement, je pense que les Pubs ont perdu une partie de leur atmosphere...
Mais la vraie Irlande, c'est hors des villes que l'on peut la rencontrer.
Dès que l'on est sorti de Dublin et sa ceinture d'autoroutes, on accède enfin à la campagne Irlandaise, terrible et dévastée, ou au contraire luxuriante et automnale.
Il faut être fou ou artiste pour vivre là-bas. Non pas le climat, plus clément qu'on ne le pense, mais ces ciels déchirés, cette campagne parfois mourante et parfois rieuse. Je me suis surpris à repenser à Chateaubriand. Il occupait la plus haute tour de la demeure familiale, enfant, et entendait le vent d'engouffrer en mugissant furieusement dans l'escalier de son antre, le tout dans une campagne désolée... Et bien 100 fois j'ai imaginé le petit Francois-René qui aurait fort bien pu être Irlandais.
L'on imagine sans peine ces terres rocailleuses, déchirées, la tourbe, le Bog... Mais le voir... C'est autre chose. Autre chose que je n'ai pas le talent de décrire. Décrire ces couleurs, ces reliefs, cette impression de chaos...
Fier. Fort. Et marqué à vie par un paysage qui ne peut que susciter un rapport au monde étrange, romantique et désolé. Tel doit être l'Irlandais, ramené, ce qui n'est peut-être pas pertinent, à des concepts très continentaux...
Je suis encore un peu là-bas. Je vais laisser le temps de murir à tout ca, et j'y reviendrai sans doute plus tard.
SAINTE!
Publicité