le dernier métro

Publié le par Vassili

Une petite chronique ciné, sur un film que curieusement je n'avais jamais mentionné alors que j'en pense le plus grand bien:




MIDNIGHT MEAT TRAIN



Un jeune photographe, désireux de saisir le coeur de la ville en ce qu'il a de plus poisseux, et d'aller "au-delà", c'est-à-dire là où le citoyen lambda tourne les talons, se retrouve aux prises avec un psychopathe dans le métro. Mais qui chasse l'autre? Le tueur sanguinaire, ou le jeune photographe désireux de franchir un cap dans son rapport au monde?

Sur un scénario somme toute assez classique, Midnight Meat Train est une excellente surprise. Le métro a déjà par le passé servi à de maintes reprises à de bons films d'horreur, voire à quelques bis bien troussés, comme Creep. Le prendre comme toile de fond d'un nouveau "slasher" paraissait ne pas faire sens.

C'était compter sans différents éléments.

Le premier d'entre eux est que le scénario est de Clive Barker, auteur du roman originel. Barker est le père, entre autres, de Hellraiser, de Candyman ou encore de Cabal, tous des films d'horreur qui ont fait date, plus par le discours tenu entre les lignes que par la médiocrité de réalisations fauchées...

Dans ce film-ci, Barker envisage le rapport à l'image, notre gout pour ce qui se cache derrière le mur lisse de nos petites vies tranquilles, le gout pour le voyeurisme poussé à son extrême, l'addiction à l'horreur que nous feignons d'ignorer, notre regard et ce que nous en faisons, en plus évidemment de l'impact que cela a sur ceux qui s'y abandonnent. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, il ne faut pas voir en Midnight Meat Train le pensum d'un philosophe, mais bien une belle ellipse rondement menée sur ces thèmes à l'aide du médium cinématographique, ce que d'autres n'ont pas su faire (type Romero et son "Diary of the Dead", dans une thématique approchante). Et cette thématique se traduit par d'habiles plans, comme par exemple le cliché que le "héros" prend en catastrophe avant de prendre ses jambes à son cou, reflexe qui à cet instant précis n'est sans doute pas celui que le spectateur aurait. Mais il s'enfonce, sous nos yeux, dans son obsession pour l'image et un penchant inavoué pour le morbide, s'abandonnant à ses bas instincts. Finalement, est-ce que notre gout pour l'image genere notre voyeurisme, ou notre voyeurisme notre gout pour l'image? Manifestement, du point de vue de Barker, tout sacrifier à l'image revient à se déshumaniser totalement, et faire passer ce message à travers un film, c'est un certain tour de force...

Et puis, autre signe typique de Barker: l'horreur finit par s'associer avec le fantastique, mais sur ce point, je ne peux guère en dire plus... Disons aussi que ceux qui connaissent déjà Barker ne seront pas surpris par certaines thématiques: corps décharnés, homosexualité, certaines considérations sur le mal et ses manifestations...

Deuxième élément, le réal: il est probable que le nom de Ryuhei Kitamura ne vous parle pas. Les plus cinéphiles connaissent peut-être son Godzilla Final Wars, film titanesque en Asie, ou encore, plus probablement, Versus, le Guerrier Ultime, un peu cliché mais redoutable d'efficacité.

Kitamura est un très bon réal, aux plans toujours léchés, stylés, et empreints d'une vraie personnalité. Mais son apport ne s'arrête pas là. Qu'est-ce donc que ce réal devrait apporter au film? Il est asiatique. Or, les réals asiatiques, et japonais en particuliers, ont une approche très particulière de l'organique à l'écran, thématique qui répugne un peu les occidentaux. Personne comme les réals asiatiques ne sait filmer avec cette précision l'homme dans le métal, l'eau, ou autre. A cet égard, Dark Water était un exemple flagrant, tout comme l'inoubliable Tetsuo, aussi éprouvant que passionnant (mais gare aux âmes sensibles, et je ne plaisante pas du tout). Le seul réal occidental qui s'y risque est le canadien David Cronenberg, mais sans cette crainte mélée de déférence que le panthéon animiste asiatique implante dans leur culture. Toute cette digression pour dire que le métro n'est pas un décor, c'est un personnage. Ainsi, la bouche de métro devient réellement une bouche de l'enfer, où l'on est sûr de voir une langue descendre jusqu'en enfer. Le métal transmet sa froideur au spectateur, le sang et l'eau paraissent couler dans son dos, la chair est flasque et, fatalement, le huis-clos devient beaucoup plus immersif.

Autre point important: Kitamura sait y faire pour instiller une ambiance, quitte à casser quelques codes du genre, en montrant par exemple, au début du film, en quelques plans rapides, le "quotidien" du tueur. En en cassant le mystère de la sorte, il le rend plus humain, et par conséquent plus terrifiant puisqu'il ne le présente pas comme une espèce d'entité surnaturelle comme on en voit trop souvent. La mode semble d'ailleurs à faire du tueur votre voisin de palier, puisque dans l'oubliable mais sympathique See no Evil, le catcheur Kane campe un tueur qui n'est ni surpuissant ni surhumain, un simple homme fou...

Le réalisateur va même jusqu'à le moquer. Il est fou, sans doute débile léger, il a un nom commun (et pas Karnivo Slaughterman...), mais c'est un tueur et il pourrait prendre le métro avec vous... De même, il n'y a pas de Deux Ex Machina (ce qui ne signifie pas que le scénar n'inclut pas twist hallucinant, on est chez Barker après tout), de tueur qui surgit de nulle part (il ne le fait d'ailleurs jamais, voilà qui est agréable) et court le 100m en 4 secondes, pas de hasard qui lui facilite la vie: l'un des mérites du film est d'avoir une intrigue qui tient relativement la route, sans chercher du côté de l'inexplicable chance du slasher... Certes, certains éléments rendent l'ensemble un peu bancal, et l'un des points agacants chez Barker est son recours assez systématique au complot-secte-organisation qui craint- paranormal derriere chaque chose (rayez les mentions inutiles), mais il est clair que le scénario n'est là que comme alibi pour le spectacle et ce qu'il véhicule. Cela dit, vous risquez quand même d'attendre de découvrir le pot aux roses avec une certaine impatience, et pour changer il ne s'agit pas de l'identité d'un tueur masqué...

Ce qui m'amène au point discutable du film: Barker n'est pas un enfant de choeur, loin s'en faut. Ainsi, le tueur (campé par un Vinnie Jones terrifiant et au look inhabituel) n'y va pas de main morte. Et Kitamura ne rate pas grand chose de la cruauté de son homme (avec quelques ralentis et effets spéciaux singulièrement choquants), et ce qui serait déjà délicat à supporter dans un autre film devient vraiment assez irrespirable du fait de l'immersion que j'évoquais tout à l'heure. Les amateurs de cinéma trash tiendront le choc, certains ont fait tellement pire, mais je prefere avertir les spécialiste du - 12 que leurs limites risquent d'être vite atteintes... Un meurtre en vue subjective de la victime, ca ne laisse pas indemne...

Autre léger défaut: l'ambiance sonore, un peu caricatural dans un film qui ne l'est guère.

Mais il serait dommage de bouder Midnight Meat Train, expérience éprouvante donc, mais fort intéressante, et que, malgré quelques défauts, il serait dommage de rater car quand un spécialite de l'horreur gothique européenne rencontre un artisan asiatique, le résultat augure de belles promesses. Tenues.

Prochain arrêt: une chronique de Watchmen si j'arrive à me lancer, mais ca risque d'être difficile, il en faut du temps pour digérer ce festin...
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Publié dans Mon univers

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A
<br /> Rargl ca devient terrifiant, je ne sais pas du tout qui tu peux être... Un indice?<br /> <br /> <br />
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I
<br /> Et tu oses critiquer VinnieJones ?! Quel culot !<br /> <br /> Et désolé non je ne porte pas les prénoms précités.<br /> <br /> Et c'est tout pour le moment.<br /> <br /> <br />
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I
Mouais mouais mouais, y a Vinnie Jones au moinsss (ou pas)
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I
oui oui oui Hadopi
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I
ratés
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