Soyez sympas, allez le voir...
BE KIND, REWIND
de Michel Gondry, avec Jack Black et Mos Def
Dans le bled paumé de Passaic, seul le vidéo club et la figure légendaire du jazz man Fats Waller apportent un peu d'animation. Donc, le jour où les cassettes sont toutes effacées, deux acolytes décident de retourner les films eux-même...
Disons-le tout net, j'ai été surpris, agréablement, par ce film.
Le postulat de base est déjà sympathique. Qui n'a jamais rêvé, ou n'est jamais passé à l'acte d'ailleurs, de faire le remake de son film culte, ou d'en faire une pâle copie au moins? Moi le premier, ado, j'avais bien retenté de recréer Scorcese avec deux potes dans mon jardin...
Toute la première partie du film est là, quand les deux doux dingues s'embarquent dans cette odyssée. Au passage, le remake de Ghostbusters est assez savoureux...
Mais bon, il va sans dire que les écueils sont nombreux, le tout sous l'oeil amusé et cynique d'un Daany Glover épatant. Ce qui fait d'ailleurs l'équilibre, puisque les deux acteurs principaux sont passablement lamentables, Black trop suractif et Mos Def trop mou...
Et puis, à travers cette fable dont Gondry tâche de maintenir une fragile cohérence, se glisse en filigranne un hommage appuyé au cinoche, au cinoche de video-club, celui qui nous a tous fait rêver, loin des grosses productions pleines de brouzoufs, ces petits films un peu vintage qu'on allait chercher dans les rayonnages. Un bel hommage, aussi, à ces vidéo-clubs qui disparaissent de plus en plus pour laisser la place à des distributeurs sans âme, là où à l'époque on trouvait un vendeur fondu de ciné avec qui on pouvait discuter longtemps, au milieu de ses rayonnages où on pouvait retrouver le film de légende qu'on avait pas vu... Gondry lance un regard tendre sur cette époque où le ciné avait encore son mot à dire, et pas un simple boitier avec un code barre qui vous donne le choix entre un film récent ou un nanar même pas assumé...
Rajoutons là-dessus une belle ode au temps qui passe, à une certaine douceur de vivre, à la vie de ces petites villes, de ces petits villages ou quartiers qui souvent se rassemblent autour d'un commerce vieillissant mais qui fait partie du décor. A cet égard, d'ailleurs, le film fait furieusement penser à Brooklyn Boogie ou à Smoke, les films de Paul Auster. Une espèce de French Touch, on dirait...
Gondry renvoie le cinéma à son sens premier: un art fédérateur, populaire, qui assure l'immortalité des pensées et des émotions, donnant au détour d'une scène traitant du piratage une belle leçon: quand un film quitte les studios, il n'appartient plus à ceux qui l'ont fait, mais à ceux qui le voient.
Un beau film de cinéphile, au sens premier, une comédie plutôt rafraichissante: ce serait dommage de ne pas donner sa chance à cet OVNI, parce que ca m'étonnerait qu'on revoie un film de ce genre de si tôt...