Médiatissime
D'ailleurs, sans faire dans le ouech ouech à casquette, j'ose espérer, bande de fripons canaillous, que vous êtes allés traïner vos guêtres jusque dans la mairie voisine pour pouvoir, vous aussi, clamer fiérement "j'y étais", quitte à voter blanc, mais c'est un autre débat.
Je me suis souvent interrogé sur le rôle des médias dans ce genre de campagne, interrogations que je me propose de vous faire partager et dont nous pourrons parler sur ce p'tit blog.
Souvenez-vous: 1995, les auteurs des Guignols de l'Info reconnaissent que le personnage sympathique qu'ils ont fait de Chirac a sûrement contribué à son élection.
2004, le journal Marianne publie un sondage selon lequel 80% des journalistes francais se reconnaissent à gauche politiquement.
2006: le nom d'Hillary Clinton agite le landerneau politique US, et le monde politique s'extasie sur l'arrivée des femmes au pouvoir, après Angela Merkel en Allemagne.
Du coup, les médias s'interrogent: serait-ce possible en France? Les Francais, qui ne veulent pas passer pour les vieux sexistes qu'ils sont, sussurent un "oui". Mais alors, kidon???
On passe les noms en revue... et là, un journaliste du Nouvel Obs, dont la tendance n'est plus à établir, balance un laconique "et pourquoi pas Segolene R?" (par souci d'anonymat).
Et comme on monte un oeuf en neige, tout le petit monde journalistique s'empare de l'hypothèse, en parle, en reparle, jusqu'à ce que l'idée fasse son chemin, et à tel point que par un improbable scénario, la présidente du Conseil Régional Poitou-Charentes, placée là par offrande d'un certain Francois M, fait la nique à d'anciens ministres voire premier ministre, largement plus aguerris aux arcanes du pouvoir, et se retrouve candidate, sans programme et sans projet (comme un certain Jacques C en 2002...).
Par le jeu d'une certaine complaisance, elle se retrouve aussi largement en tête de l'exposition médiatique, au grand dam du petit Francois B (beaucoup de francois dans cette histoire), où elle flirte avec les temps d'antennes d'un certain Nicolas S (lequel a cependant l'excuse d'être ministre de l'Interieur, ce qui justifie qu'on le voit un peu plus...).
Et les medias, la larme à l'oeil, de suivre Memere dans sa croisade de la bravitude, du mur des lamentations à la grande muraille de chine, des mauvais esprits rajouteraient qu'il y a de quoi y finir, dans le mur...
De son côté, le petit Nicolas joue sans vergogne de son statut de Ministre, ,justement, pour non seulement s'arroger un temps d'antenne pharaonique (mais, rappelons-le, pas supérieur à celui de sa petite copine), tout en invitant obligeamment les même médias à chaque fois que 253 CRS envahissent un trois pièces parce qu'un jeune y fait pousser de l'herbe...
Derrière, les petits candidats réclament du temps de parole, stigmatisant une "bipolarisation" du temps de parole. Le fait des candidats concernés, entend-t-on. Ne serait-ce pas plutôt le fait des médias, qui savent qu'on fait beaucoup plus d'audience avec les candidats qui rassemblent le maximum des français, qu'avec le dernier bus au colza du petit Francois B ou la derniere mob d'Arlette L?
Le seul qui surnage, en terme d'exposition, c'est Neunoeil le méchant trappeur, parce qu'il a compris l'une des bases du monde médiatique: le sensationnel, ca fait vendre. Dernier exemple en date: "l'occupation, c'était pas si terrible"...
Bref, le scrutin de 2007 sera en principe le moment où l'électeur devra, de son propre chef, insérer dans l'urne le nom du candidat choisi. Mais choisi par qui?
Et posons-nous la question: si aujourd'hui, beaucoup de francais se desinteressent de la vie politique, n'est-ce pas à cause de ce que les médias en ont fait, à savoir un grand spectacle où chacun s'efforce de faire passer son prochain pour le Francois Pignon de service?
Entendons-nous bien, je ne lance pas un appel à l'envoi de dons pour sauver nos pauvres politiciens, qui après tout l'ont bien cherché.
Je tire juste une sonnette d'alarme: en avril et en mai, quand vous irez voter, interessez-vous aux idées ou aux personnes. Pas à ce que l'on vous a dit ou prémaché.
Je laisse la conclusion à quelqu'un qui, à ma solide différence, a du génie:
"Il n'est pas indifférent que le peuple soit éclairé. Les préjugés des magistrats ont commencé par être les préjugés de la nation. Dans un temps d'ignorance, on n'a aucun doute, même lorsqu'on fait les plus grands maux ; dans un temps de lumière, on tremble encore lorsqu'on fait les plus grands biens. On sent les abus anciens, on en voit la correction ; mais on voit encore les abus de la correction même. On laisse le mal, si l'on craint le pire ; on laisse le bien, si on est en doute du mieux. On ne regarde les parties que pour juger du tout ensemble ; on examine toutes les causes pour voir tous les résultats.
Si je pouvais faire en sorte que tout le monde eût de nouvelles raisons pour aimer ses devoirs, son prince, sa patrie, ses lois ; qu'on pût mieux sentir son bonheur dans chaque pays, dans chaque gouvernement, dans chaque poste où l'on se trouve ; je me croirais le plus heureux des mortels.
Si je pouvais faire en sorte que ceux qui commandent augmentassent leurs connaissances sur ce qu'ils doivent prescrire, et que ceux qui obéissent trouvassent un nouveau plaisir à obéir, je me croirais le plus heureux des mortels.
Je me croirais le plus heureux des mortels, si je pouvais faire que les hommes pussent se guérir de leurs préjugés. J'appelle ici préjugés, non pas ce qui fait qu'on ignore de certaines choses, mais ce qui fait qu'on s'ignore soi-même."
Montesquieu, De l'Esprit des Lois, 1748