Fhtagn!

Publié le par Vassili



Parmi les vices, nombreux, qui me hantent, il en est un qui fait souvent dresser le sourcil droit de mes interlocuteurs, dans une espèce d'accent grave des plus cocasses: le Jeu de Rôles.

Pour situer en deux mots: le Jeu de Rôles est un loisir, qui consiste à, tout d'abord, se créér un avatar. Ce personnage aura différentes aptitudes ou talents, le plus souvent représentées par une série de chiffres.

Vous en conviendrez, une série de chiffres, ce n'est guère suffisant pour donner vie à son personnage.

Ainsi donc interviennent deux autres éléments: le joueur va d'abord incarner son personnage. Il va le faire s'exprimer, prendre ses décisions, bref, se fondre dans le personnage.

Dans le vide, me direz-vous? Que nenni! Car c'est alors qu'intervient un joueur à part, le Maitre du Jeu. Celui-ci a la lourde charge de créér un monde autour de ses personnages, de les entrainer dans une intrigue plus ou moins vaste dont lui seul détient les tenants et aboutissants. Pas vraiment de gagnants ni de perdants, le Jeu de Roles est un loisir dont la fonction principale reste de divertir de manière originale, en empruntant ce faisant beaucoup d'éléments au Théatre par exemple, et je peux vous dire qu'un Maitre du Jeu qui désire satisfaire des joueurs avides a du pain sur la planche... Cela implique, pour peu qu'il ait un peu de "consience professionnelle", de chercher une histoire, la creuser, la rendre crédible, etc, en un mot, la rendre jouable.

Je vais donc exploiter cet espace d'expression que je me suis allégrement créé pour vous faire partager la réponse que j'avais soumise à un jeunot dont les parents redoutaient cette activité du Malin (comme quoi on n'est pas si loin de l'an 1000).




Nous sommes en 1990. Toute la france est occupée par les Boys Band.

Toute? Non! Car une petite tribu d'irréductibles résiste encore et toujours au lavage de cerveaux. Une petite tribu retranchée entouré de prépubères ahuris. Leur nom: les rolistes.

Qu'est-ce que le roliste? A premiere vue, rien ne parait distinguer le roliste ordinaire de l'humain ordinaire. Viande, os, eau, zigounette ou pilou-pilou, la ressemblance est frappante.

Pourtant, si l'on présente un dé à 10, 20 ou 100 faces, seul le rôliste se met à battre frénétiquement des mains en bramant "carac! carac! carac!". Et pour cause, il est probablement le seul à savoir à quoi ce curieux objet peut servir.

Plus sérieusement, la réaction de tes parents est symptomatique de ce courant issu des médias au milieu des années 90, qui prenait les rolistes pour des satanistes et autres. Le premier exemple, c'est la profanation du cimetiere de Carpentras, longtemps attribué à des rolistes avant qu'on ne découvre qu'elle était l'oeuvre de néo-nazis. S'en sont suivis des exemples plus facheux où des élèves agressaient leurs profs en hurlant "meurs pustule purulent de la 4eme lune de Shlobaka, par le biais de mon sabre Vulkanon en Cristanium iridescent", un compas à la main. Mais c'est un exemple au hasard.

Le problème, c'est que tout une presse bien pensante a stigmatisé ces jeux en les rendant coupables de tous les maux, et stigmatisant des jeux aussi pervers que Final Fantasy 7 ou Zelda (authentique, lu dans Paris Match...), et oubliant derechef Kult ou Chtulhu. (Note pour les non-initiés: vous aurez compris que dans le choix de leur cible, les médias se sont évidemment lourdement plantés...)

Pourquoi?

Une réponse sociologique: c'est toujours plus simple de trouver un coupable extérieur aux problèmes de ses mômes.

D'autre part, le JDR est un monde imaginaire, où l'on incarne un avatar bien souvent surhumain, ou au moins au dessus de la norme. Donc, il est tentant de s'identifier à son personnage fétiche, surtout lorsque l'on est en situation d'échec à des degrès divers. Tout le problème vient de la stabilité du joueur: un joueur un peu paumé risque de subir davantage l'influence du jeu qu'un joueur "sain" (mot à prendre avec des pincettes). Ainsi, en tant que MJ, j'ai parfois refusé ma table à des gens que je pensais un peu fragiles.

Mais en cela, le JDR n'est pas plus pernicieux que le jeu vidéo ou le cinéma. Combien de gamins se suicident en se prenant pour Superman, et ce tous les ans. La différence c'est qu'on en fait moins de papiers, tout simplement parce que le JDR a une réputation plus sulfureuse, à cause des univers qu'il aborde parfois. Nous qui sommes sains, au moins en partie, nous ne pouvons tout de même que convenir que l'univers de Vampire n'est pas aussi "correct" que celui d'un blockbuster hollywoodien.

Donc, je crois que nous aurons souvent cette réputation de la part de gens qui n'y connaissent rien, et ne le voit pas comme ce que c'est: du théatre interactif ludique.

Mais tout espoir n'est pas perdu: il y a 2 ans, un gamin s'est jeté par la fenetre apres que son avatar à Diablo 2 avait été pillé et laissé en slip. La mere a fait un procès à Blizzard. Et le juge l'a débouté au motif que si son gamin en était arrivé là, il y avait un terreau fertile...

Signe de la fin de la chasse aux sorcières et de la responsabilisation des parents, ou acte isolé? Nous verrons.




Le débat est ouvert, à vos claviers!
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Publié dans JDR

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