Le PS voit vert

Publié le par Vassili

Après un fort long silence, dont je m'excuse platement, voici une belle occasion de poster sur ce petit blog: les élections européennes, qui ont rendu un verdict fort intéressant hier soir...

Premier constat: l'abstention record de 59,36%. Il faut dire qu'entre un PS qui misait sur l'abstention pour faire un bon score, et l'UMP qui ne voulait pas trop s'impliquer par peur d'une contre-performance, entre une majorité en-dessous de tout dans sa précipitation à légiferer sur tout et n'importe quoi (surtout n'importe quoi) et une opposition qui fait de l'anti-sarkozysme primaire sans jamais rien proposer, il n'y avait pas exactement de quoi faire dresser un sourcil aux plus enthousiastes. Ajoutons à cela que pour beaucoup de français, l'enjeu européen est beaucoup trop éloigné de leur quotidien pour qu'ils se sentent concernés: s'ils se passionnent pour les municipales, les présidentielles et dans une moindre mesure pour les législatives, ils se pament beaucoup moins devant les régionales.

il n'est pas certain, toutefois, que l'abstention ait fait le jeu de l'UMP ou pas celui du PS car, traditionnellement, les petits partis se mobilisent bien davantage, ce qui donc n'a sans doute pas spécialement plus aidé l'UMP qu'entravé le PS, et le rapport de force des deux principaux partis ne semble pas remis en question.

Il faut s'y faire, pour les "élites" politiques, le scrution européen n'est qu'une répétition pour les autres, et pour Bayrou c'est même clairement un tremplin vers 2012. Le seul tremplin orienté vers le sol.

L'UMP arrive en tête, avec 27,87% des voix. Une belle victoire, certes, mais en dessous du score de Sarkozy au premier tour, et qui ne suffit pas à camoufler que la gauche semble majoritaire à ces élections (à condition de savoir exactement ce que le MoDem et Europe Ecologie votent traditionnellement).

Le PS signe une contre-performance sévère, avec 16,48% des suffrages. A cela plusieurs causes: les interventions désastreuses de Segolene Royal, les clivages manifestes et publiquement démontrés, l'opposition sans programme, et des luttes de pouvoir qui se transformaient en querelles de boutiquiers, ce qui a toujours été l'impasse des débats d'idée. Une gauche pas assez à gauche, qui pis est, ce qui a favorisé les petits partis, notamment d'extrême-gauche, type NPA ou le Front de Gauche. Sans opposition construite, il semble que Sarkozy ait encore de beaux jours devant lui...

Europe Ecologie totalise 16,28% des voix, soit à peine quelques dizaines de milliers de voix de moins. D'une part, cela montre que les français, à l'occasion de ce scrutin, font valoir des enjeux transnationaux, oubliant que l'Europe va, de plus en plus, intervenir dans leur quotidien (l'exemple de la dénonciation de la loi Hadopi est à cet égard assez parlant). Toujours est-il qu'une brise verte a soufflé sur la France, même si des interviews à la sortie des urnes ont montré que ceux qui avaient voté Europe Ecologie étaient des déçus du MoDem ou des deux grands partis, pour une bonne part. Cohn-Bendit a en tout cas réussi son coup, en fédérant, pour un temps, les forces écologistes, avant, comme à chaque fois, de disparaitre pendant 10 ans. Car s'il adore être au centre de l'attention, il refuse les responsabilités... Ainsi, il a annoncé qu'il ne deviendrait pas français avant 2012, pour qu'on ne lui prête pas d'intention présidentielle.

Loin derrière, le MoDem, que l'on annonçait au coude-à-coude, ne réunit que 8,45% des voix. Il semble que l'électorat ait enfin réalisé que Bayrou n'avait que 2012 en tête, et surtout que son récent passage sur France 2 ait montré qu'il n'avait pas l'étoffe d'un chef d'Etat. Quoi que l'on puisse reprocher à Cohn-Bendit, il n'en demeure pas moins que les attaques de Bayrou était imbéciles et minables, ce que les français ont semble-t-il perçu par ce vote-sanction qui enterre sans doute définitivement son ambition politique. Mais qui sait? Les cons, ça ose tout. Son opposition systématique lui aura surement fait vendre des livres, mais elle aura fait de lui un guignol politique.

Le Front de Gauche, évoqué précédemment, réunit 6,01 % des voix, en alliant la branche dure du PS et le PC, score honorable pour une mouvance moribonde.

Le FN, avec 6,34%, est en recul, signe de la fin d'un cycle pour un parti qui se cherche (et qui, espérons-le, ne se retrouvera pas...). Libertas, autre partie de progrès et de respect de la personne humaine, obtient, lui, 6,74%, mais à la faveur d'une mauvaise répartition, n'aura qu'un élu contre trois pour le FN.

Enfin, le NPA de Besancenot ne dépasse pas les 5% et n'a donc pas de siège, et LO fait à peine plus d'1%, fin d'une époque.

Dernier point intéressant: certains partis, FN et MoDem en tête évidemment, toujours unis dans la dénonciation facile et le "cépamoicélézotres", a accusé France Télévisions d'avoir favorisé Europe Ecologie en diffusant le documentaire Home vendredi soir. Il est possible que cela ait joué un rôle, même Yann Arthus-Bertrand le reconnaît. Soit. Mais en aucune manière, cela ne peut justifier la perte de 7 points du MoDem entre le dernier sondage et les résultats, et je ne pense sincèrement pas que l'électorat de Le Pen soit celui qui a été le plus sensible à ce genre de documentaire (malgré son succès d'audience, près de 8M de téléspectateurs). De la manière de toujours chercher des responsables à sa chute, de se poser en victime, et de refuser de se poser et de poser les vraies questions de fond...
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Publié dans Billets d'humeur

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