Des idées sur tout, surtout des idées...
Il est temps que je manifeste mon vif mécontentement par un râle guttural que seul un cerf en rut peut pousser à la saison noble.
Je dis: assez.
Mais alors, quel est donc le motif de ce mécontentement vif, me direz-vous si vous en avez quoi que ce soit à foutre, ce qui évidemment n'est pas acquis?
Et bien par ce cri profond, je manifeste ma haine féroce contre cette manie qui voudrait que dorénavant on demande l'avis de tout le monde sur toute chose.
Vous me direz, c'est un peu le cas sur ce blog. Cependant, d'une part, on ne me demande pas mon avis mais je le donne quand même, d'autre part c'est un accès libre donc volontaire, et enfin la pertinence de mes avis fait que cette critique ne s'applique pas à cette oeuvre universelle qu'est mon blog.
Bref.
Or donc, depuis quelques temps, la nouvelle mode est de demander son avis à n'importe quel péquin sur tout et n'importe quoi.
La premiere manifestation en est l'habitude radiophonique de demander l'avis des auditeurs. Lorsque, comme dans "le telephone sonne", ce sont des quidams mais que des spécialistes leur apportent la contradiction, la morale est sauve.
Mais quand, comme c'est souvent le cas, ce sont juste des individus lambdas, sans compétence ni diplome, qui se melent de la politique d'exportation du Burkina Faso ou de l'influence de Nietzsche sur la culture des champs de Colza, on atteint généralement des abysses d'imbécilité d'autant plus hardis qu'ils sont anonymes...
Car voilà le second aspect: l'anonymat. Que des personnes manifestent une différence ou une singularité, pourquoi pas, mais ca ne fait sens que si l'on a le courage de ses opinions, ce qui implique de renoncer à l'anonymat...
Plus generalement, recourir plus volontiers à l'avis d'un ignorant complet plutôt qu'à celui d'un expert me parait découler directement de l'apologie de la médiocrité dont nous sommes les témoins depuis quelques temps, nivellement par le bas qui fait qu'un spécialiste reconnu peut dorénavant se faire hacher sur un forum quelconque ou à l'antenne d'une radio par un individu qui proclame fierement qu'il n'a pas de diplome mais qu'il a le droit de donner son avis.
C'est vrai. Mais on s'en fout. Et qu'il ne vienne pas, cet hurluberlu, brandir sous nos nez la liberté d'expression. De mon point de vue, cette sacrosainte liberté d'expression est surtout, trop souvent, un refuge pour les abrutis frustrés qui tiennent là un excellent pretexte pour emmerder le monde avec leurs opinions creuses, en gros quand on n'a rien à dire.
A dire vrai, c'est assez terrifiant cette deferlante d'opinions vides, pauvre d'esprit, prompte au lynchage.
A cet égard, certains d'entre vous ont peut-être eu vent de la polémique entre Siné, dessinateur de Charlie Hebdo, et Val, redac chef du même quotidien. Il semble que le dessinateur ait été targué d'antésimitisme et que donc son patron l'ait viré. A dire vrai je n'ai pas d'élément beaucoup plus concret sur cette histoire, et bien sûr je réprouve l'antisémitisme (non pas que la précision me paraisse utile, mais il y a quand même beaucoup de mal-comprenants sur le net). Cela étant, la marée de haine qu'a du endurer Val m'a estomaqué. Selon nos sympathiques internautes, le Siné en question n'a jamais pensé à l'antisémitisme. Certainement. Mais quand on s'aventure à caricaturer ce genre de choses, il faut être disposé à en subir les conséquences si on manque d'intelligence ou de pertinence, et pas s'étonner d'une éventuelle sanction. Or, ici, la meute obscure, lamentable et pauvre d'esprit des internautes lambdas voulaient manifestement pendre Val avec ses tripes, tel des hordes de villageois médiévaux prêts à clouer sa charogne sur une porte comme un chat sur la porte d'un sorcier vaudou.
En somme, en laissant la parole de la sorte à la meute inopportune, on laisse planer dans l'air l'idée selon laquelle le spécialiste n'a pas plus de poids que le quidam, par conséquent on le dévalorise, on le ramène au point zéro, et donc on le décridibilise, et ce, en tous domaines: culture, politique, économie, art, etc.
Je vous avoue que ces derniers temps j'ai eu deux chocs: le premier lorsque j'ai entendu une radio interroger ses auditeurs sur les soldats morts en Afghanistan, sujet gravissime que l'on ne devrait pas souiller de l'imbécilité de la majorité, et à un degré moindre le nouveau flash d'Europe 1 vers 8h30, qui consiste à donner l'info en bref entrecoupée de l'avis des auditeurs. La boucle est bouclée: voilà le nouveau spécialiste.
A craindre enfin dans ce débordement: la multiplication de l'info non-vérifiée ou polémique, et toutes les conséquences facheuses que cela peut avoir.
Il y aurait encore tant et tant à dire sur le sujet... Un médecin sera toujours meilleur que moi en médecine, mais ca n'empechera plus certains de donner leur avis, puisqu'ils en ont un, ce qui, qui pis est, les rend teigneux... Vous le constaterez surtout sur les forum, où vous verrez finalement que finalement, selon l'un de mes mentors, Larcenet, tous ces gens, rivalisant d'ignorance, "ne veulent pas débattre, ils veulent seulement qu’on se mesure la bite. Or j’ai cessé depuis le CM2, lorsque Vincent Desmarais est arrivé dans la classe. C’était son troisième redoublement et j’aime autant vous dire qu’après l’arpentage de son appendice érectile, les autres gars se sont mis au crochet."
Sic transit gloria mundi.
PS: j'en profite pour adresser un carton rouge à Maester. Autant j'adore ses BD et son coup de crayon, autant je hais son blog. Qu'il donne un avis polémique et partial en permanence, pourquoi pas, je le fais bien moi-même, mais qu'il l'impose en saquant systématiquement, facilement et betement mais en empechant tout réponse, tout avis qui ne va pas dans son sens, en se faisant applaudir par ses séides, c'est l'incarnation de cette mauvaise foi triomphante et de ce nouveau mode d'échange dévoyé.
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