Harvard n'a qu'à bien se tenir!
CRIMES à OXFORD
d'Alex de la Iglesia
avec Elijah Wood et John Hurt
Alex de la Iglesia n'est pas un inconnu de nos services. Il est notamment le père des mythiques Le Jour de la Bête, Perdita Durango et Le Crime Farpait, ainsi que de l'injustement méconnu Action Mutante (Y que somos ahora? Mutantes mutantes!).
Autant dire qu'il fait partie de ces cinéastes espagnols en train de donner un nouvel élan au cinéma ibère, et que je l'attendais au tournant.
Et bien Crimes à Oxford est réjouissant!
L'histoire en quelques mots: A Oxford, un jeune étudiant brillant et un vieux professeur revenu de tout enquête sur les agissements d'un mystérieux et génial serial killer mathématicien.
Si le plot ne parait pas transcendant, détrompez-vous!
D'abord, de la Iglesia rompt un peu avec ses habitudes, son film n'étant pas dopé aux amphets. Mais il maitrise son travail de bout en bout, offrant le fruit de l'union improbable entre un polar so british, élégant et diaboliquement bien huilé (sacré scénar, je peux vous le dire, soyez attentifs pendant la projection), et un film d'auteur espagnol, plus charnel, plus latin. En témoignent une galerie de seconds roles étonnants et truculents, avec notamment une apparition d'un acteur fétiche de Iglesia en homme-tronc taré ou encore une infirmiere qui porte le tablier comme personne. En somme, il a su s'adapter à son sujet sans se vendre, troublant les habitués avec des scènes que l'on pense jouer d'avance mais qu'il parvient à rendre surprenantes,tout en préservant certaines scènes jubilatoires. So british or so spanish? That is the question.
Mais que seraient des seconds roles sans premiers? Hum? Et bien là encore, Elijah Wood rend une partition tout à fait correcte, sans génie mais sans fausse note, et John Hurt en vieux professeur sentencieux est redoutable.
Ajoutons à cela un de la Iglesia qui affine son art, offrant ainsi des plans séquences mythiques, notamment un en vue quasi subjective qui saute de protagoniste en protagoniste, un opé lumière en forme et une ambiance musicale tantot maitrisée et retenue, tantot débridée, et vous constaterez que le film est une réussite visuelle en plus de jouir d'un travail bluffant pour un scénario roublard.
Scénario qui repose en partie sur les arcanes obscurs des maths de haut niveau, qui apportent à cet Agatha Christie d'un genre nouveau une relecture passionnante et addictive, déstabilisante sans être opaque.
A la jonction de différents cinémas, oscillant entre le polar feutré et le LSD, Crimes à Oxford est vraiment ce que l'on peut appeler un excellent film, où l'on sent avec plaisir que Iglesia a encore amplifié son talent, et que le meilleur reste devant lui...