Je viens encore d'entendre, sur un média dont je tairai le nom par charité, qu'Internet tuait le disque.
Et ça, ça me hérisse.
Petit rappel des faits: les majors accusent le P2P (peer-to-peer), du style Emule, Bittorrent ou autre, d'avoir fait reculer les ventes de disque de 14%.
Je pense que cela appelle une mise au point rapide:
Ce chiffre, avancé par les majors, n'est calculé qu'à partir de leurs plus gros vendeurs traditionnels. Cela peut se concevoir. Un premier tempérament toutefois: il occulte aussi la hausse des ventes d'artistes plus confidentiels qui, eux, bénéficient d'Internet. Ainsi, divers exemples-types: le premier d'entre eux est le groupe que l'on découvre chez un camarade qui l'a téléchargé, ce qui peut pousser à acheter le disque. Le second exemple, c'est bien évidemment l'artiste qui s'est fait connaitre de tous par Internet: Kamini, Lily Allen sont les exemples parmi les plus récents.
Et la meilleure preuve que certains artistes peuvent dire merci à Internet nous vient d'Outre-manche, où le groupe Koopa s'est hissé, pour la première fois de l'histoire, dans le top 40, en n'ayant jamais signé dans une major...
Bon, pour les exemples pervers, on peut citer Lorie. Sans Internet, on n'aurait jamais subi ça. Mais c'est un autre débat.
Quant à la "chute" des gros vendeurs, d'abord soyons lucides je ne me fais pas de souci pour leurs vieux jours, et ce serait malhonnête d'ignorer que pour certains ils s'endorment sur leurs lauriers et ne produisent plus, pardon pour le terme, que de la merde ou des copier-coller du plus mauvais effet.
Que ces "artistes" là se remettent en cause avant de venir baver. On notera d'ailleurs que tous les artistes ne s'opposent pas au téléchargement, mais que bizarrement ceux qui sont pour sont de "petits" artistes, et ceux qui sont contre les gros affamés.
D'autre part, il ne faut pas non plus oublier qu'Internet a favorisé les accès aux concerts... Car un artiste découvert sur le Net, même si on n'achète pas son album, on peut être tenté d'aller le voir sur scène. Seulement, les bénéfices d'une tournée ne tombent que peu dans l'escarcelle des grosses majors, qui du coup font la gueule.
Ajoutons également que le prix des disques grimpe en flèche, et que la seule baisse des ventes ne peut pas, suite à ce qui vient d'être expliqué, tout justifier. Et l'acheteur n'a pas toujours les moyens de prendre le risque d'acheter un album, dont il n'aura entendu qu'un seul titre...
Pensons aussi à l'étudiant qui n'a pas les moyens de se payer une chaine hi-fi, qui se sert donc d'un ordi comme multi-taches, et se retrouve avec un CD à la con qu'il ne peut pas lire sur son ordinateur, CD qu'il a pourtant acheté en toute bonne foi. A noter, d'ailleurs, que les majors qui s'amusent à ça commencent à se faire taper sur les doigts. Dans un autre genre, Apple, et son magasin iTunes, est au bord d'être sanctionné, voire interdit, dans différents pays, dont la France, à cause de l'impossibilité de lire les titres qu'il vend autrement que sur un iPod.
Il ne s'agit pas non plus de déliver un blanc-seing aux téléchargeurs. Celui qui télécharge, pour peu qu'il aime ce qu'il a recuperé, devrait, au moins de temps en temps, se procurer l'album en question.
Cela étant, quand on voit que fnac.com, contre une somme modique, permet d'écouter un nombre illimité de disques, on se demande un peu si le serpent n'est pas en train de se mordre la queue...
Pour mémoire, la France est l'un des seuls pays où, lorsque vous achetez un CD vierge, vous versez une taxe aux compagnies de disques, mais attention, seulement les plus grosses. Dans la mesure où le téléchargement de produits protégés est interdit, on peut s'interroger sur la légitimité de cette taxe, raisonnement que les anglos-saxons ont bien compris puisqu'on ne paie pas cette taxe là-bas...
Allez, une dernière anecdote pour conclure: savez-vous que quand Philips a mis en vente son premier graveur de CD, il y a quelques années, il a vendu sa filiale musicale?
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