Mercredi 31 janvier 2007
Une fois n'est pas coutume, le billet du jour sera un coup de gueule...

Je viens encore d'entendre, sur un média dont je tairai le nom par charité, qu'Internet tuait le disque.

Et ça, ça me hérisse.

Petit rappel des faits: les majors accusent le P2P (peer-to-peer), du style Emule, Bittorrent ou autre, d'avoir fait reculer les ventes de disque de 14%.

Je pense que cela appelle une mise au point rapide:

Ce chiffre, avancé par les majors, n'est calculé qu'à partir de leurs plus gros vendeurs traditionnels. Cela peut se concevoir. Un premier tempérament toutefois: il occulte aussi la hausse des ventes d'artistes plus confidentiels qui, eux, bénéficient d'Internet. Ainsi, divers exemples-types: le premier d'entre eux est le groupe que l'on découvre chez un camarade qui l'a téléchargé, ce qui peut pousser à acheter le disque. Le second exemple, c'est bien évidemment l'artiste qui s'est fait connaitre de tous par Internet: Kamini, Lily Allen sont les exemples parmi les plus récents.

Et la meilleure preuve que certains artistes peuvent dire merci à Internet nous vient d'Outre-manche, où le groupe Koopa s'est hissé, pour la première fois de l'histoire, dans le top 40, en n'ayant jamais signé dans une major...

Bon, pour les exemples pervers, on peut citer Lorie. Sans Internet, on n'aurait jamais subi ça. Mais c'est un autre débat.

Quant à la "chute" des gros vendeurs, d'abord soyons lucides je ne me fais pas de souci pour leurs vieux jours, et ce serait malhonnête d'ignorer que pour certains ils s'endorment sur leurs lauriers et ne produisent plus, pardon pour le terme, que de la merde ou des copier-coller du plus mauvais effet.

Que ces "artistes" là se remettent en cause avant de venir baver. On notera d'ailleurs que tous les artistes ne s'opposent pas au téléchargement, mais que bizarrement ceux qui sont pour sont de "petits" artistes, et ceux qui sont contre les gros affamés.

D'autre part, il ne faut pas non plus oublier qu'Internet a favorisé les accès aux concerts... Car un artiste découvert sur le Net, même si on n'achète pas son album, on peut être tenté d'aller le voir sur scène. Seulement, les bénéfices d'une tournée ne tombent que peu dans l'escarcelle des grosses majors, qui du coup font la gueule.

Ajoutons également que le prix des disques grimpe en flèche, et que la seule baisse des ventes ne peut pas, suite à ce qui vient d'être expliqué, tout justifier. Et l'acheteur n'a pas toujours les moyens de prendre le risque d'acheter un album, dont il n'aura entendu qu'un seul titre...

Pensons aussi à l'étudiant qui n'a pas les moyens de se payer une chaine hi-fi, qui se sert donc d'un ordi comme multi-taches, et se retrouve avec un CD à la con qu'il ne peut pas lire sur son ordinateur, CD qu'il a pourtant acheté en toute bonne foi. A noter, d'ailleurs, que les majors qui s'amusent à ça commencent à se faire taper sur les doigts. Dans un autre genre, Apple, et son magasin iTunes, est au bord d'être sanctionné, voire interdit, dans différents pays, dont la France, à cause de l'impossibilité de lire les titres qu'il vend autrement que sur un iPod.

Il ne s'agit pas non plus de déliver un blanc-seing aux téléchargeurs. Celui qui télécharge, pour peu qu'il aime ce qu'il a recuperé, devrait, au moins de temps en temps, se procurer l'album en question.

Cela étant, quand on voit que fnac.com, contre une somme modique, permet d'écouter un nombre illimité de disques, on se demande un peu si le serpent n'est pas en train de se mordre la queue...

Pour mémoire, la France est l'un des seuls pays où, lorsque vous achetez un CD vierge, vous versez une taxe aux compagnies de disques, mais attention, seulement les plus grosses. Dans la mesure où le téléchargement de produits protégés est interdit, on peut s'interroger sur la légitimité de cette taxe, raisonnement que les anglos-saxons ont bien compris puisqu'on ne paie pas cette taxe là-bas...

Allez, une dernière anecdote pour conclure: savez-vous que quand Philips a mis en vente son premier graveur de CD, il y a quelques années, il a vendu sa filiale musicale?
Par Vassili - Publié dans : Investigations
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Lundi 29 janvier 2007
Par Vassili - Publié dans : Craquages
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Samedi 27 janvier 2007
Je vous parlais, il y a quelque jours de cela, de la place des médias dans la campagne présidentielle.

Et bien voici, selon la position dans laquelle on se place, un exemple ou un contre-exemple, de tout beauuuuuuuuuuuté...

Le lien

Au-delà du côté comique que peut avoir la chose (en tous cas je le vois comme tel), c'est surtout assez édifiant sur le double discours politique, entre ce qu'un politique montre et ce qu'il pense. Ecoutez attentivement et jusqu'au bout, c'est très éloquent sur la personnalité de la victime...

Reste à espérer, avant qu'il se prenne les foudres de tous les électeurs de gauche, que l'auteur de l'imposture fasse subir le même sort à tous les candidats...
Par Vassili - Publié dans : Investigations
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Jeudi 25 janvier 2007
Encore un auteur classique qui m'évoque divers souvenirs... Passez la tête pour la fenêtre, et ces quelques lignes vous parleront davantage...


I

Qu'il est doux, qu'il est doux d'écouter des histoires,
Des histoires du temps passé,
Quand les branches d'arbres sont noires,
Quand la neige est épaisse et charge un sol glacé !
Quand seul dans un ciel pâle un peuplier s'élance,
Quand sous le manteau blanc qui vient de le cacher
L'immobile corbeau sur l'arbre se balance,
Comme la girouette au bout du long clocher !

Ils sont petits et seuls, ces deux pieds dans la neige.
Derrière les vitraux dont l'azur le protège,
Le Roi pourtant regarde et voudrait ne pas voir,
Car il craint sa colère et surtout son pouvoir.

De cheveux longs et gris son front brun s'environne,
Et porte en se ridant le fer de la couronne ;
Sur l'habit dont la pourpre a peint l'ample velours
L'empereur a jeté la lourde peau d'un ours.

Avidement courbé, sur le sombre vitrage
Ses soupirs inquiets impriment un nuage.
Contre un marbre frappé d'un pied appesanti,
Sa sandale romaine a vingt fois retenti.

Est-ce vous, blanche Emma, princesse de la Gaule ?
Quel amoureux fardeau pèse à sa jeune épaule ?
C'est le page Eginard, qu'à ses genoux le jour
Surprit, ne dormant pas, dans la secrète tour.

Doucement son bras droit étreint un cou d'ivoire,
Doucement son baiser suit une tresse noire,
Et la joue inclinée, et ce dos où les lys
De l'hermine entourés sont plus blancs que ses plis.

Il retient dans son coeur une craintive haleine,
Et de sa dame ainsi pense alléger la peine,
Et gémit de son poids, et plaint ses faibles pieds
Qui, dans ses mains, ce soir, dormiront essuyés ;

Lorsqu'arrêtée Emma vante sa marche sûre,
Lève un front caressant, sourit et le rassure,
D'un baiser mutuel implore le secours,
Puis repart chancelante et traverse les cours.

Mais les voix des soldats résonnent sous les voûtes,
Les hommes d'armes noirs en ont fermé les routes ;
Eginard, échappant à ses jeunes liens,
Descend des bras d'Emma, qui tombe dans les siens.

II

Un grand trône, ombragé des drapeaux d'Allemagne,
De son dossier de pourpre entoure Charlemagne.
Les douze pairs debout sur ses larges degrés
Y font luire l'orgueil des lourds manteaux dorés.

Tous posent un bras fort sur une longue épée,
Dans le sang des Saxons neuf fois par eux trempée ;
Par trois vives couleurs se peint sur leurs écus
La gothique devise autour des rois vaincus.

Sous les triples piliers des colonnes moresques,
En cercle sont placés des soldats gigantesques,
Dont le casque fermé, chargé de cimiers blancs,
Laisse à peine entrevoir les yeux étincelants.

Tous deux joignant les mains, à genoux sur la pierre,
L'un pour l'autre en leur coeur cherchant une prière,
Les beaux enfants tremblaient en abaissant leur front
Tantôt pâle de crainte ou rouge de l'affront.

D'un silence glacé régnait la paix profonde.
Bénissant en secret sa chevelure blonde,
Avec un lent effort, sous ce voile, Eginard
Tente vers sa maîtresse un timide regard.

Sous l'abri de ses mains Emma cache sa tête,
Et, pleurant, elle attend l'orage qui s'apprête :
Comme on se tait encore, elle donne à ses yeux
A travers ses beaux doigts un jour audacieux.

L'Empereur souriait en versant une larme
Qui donnait à ses traits un ineffable charme ;
Il appela Turpin, l'évêque du palais,
Et d'une voix très douce il dit : Bénissez-les.

Qu'il est doux, qu'il est doux d'écouter des histoires,
Des histoires du temps passé,
Quand les branches d'arbres sont noires,
Quand la neige est épaisse et charge un sol glacé !



Alfred de Vigny, "La neige" - Poèmes antiques et modernes
Par Vassili - Publié dans : Mon univers
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Mercredi 24 janvier 2007
"xptdr", "mégalol", "trop dark", "ouech gros", "j'kiffe".

Apprenez-le, mes frères (oui j'aime bien le registre "messe dominicale" parfois), il va vous falloir assimiler ce langage barbare et perfide: le DJEUNZ.

Qu'est-ce que le djeunz?

Les scientifiques se perdent en conjectures concernant les origines du Djeunz. Pourtant, la majorité des chercheurs semblent s'accorder sur un point. Les plus anciens d'entre vous se rappellent sans doute d'une époque sinistre où un ministre de l'Inculture avait envisagé une réforme de l'orthographe, visant à simplifier les mots les plus complexes. Il était en effet intolérable d'écrire plus longtemps "oignon" alors que cela se prononce "onion".

Les aléas de la cinquième république l'ayant obligeamment renvoyé à ses fonctions municipales, le projet fut mollement enterré.

Que nenni, lourde erreur.

Car le djeunz dispose de ressources insoupconnées lorsqu'il s'agit de se la couler douce, avoir les doigts de pied en éventail, en un (pardon, deux) mot comme en cent: rien foutre.

Le djeunz a alors spontanément adopté cette réforme funeste, dans son mode d'expression orale pour commencer.

A un langage chatié et érudit, transmis de générations en générations et pour lequel quelques-uns se sont fait raccourcir, incarcérer, et autres joyeusetés d'époques lointaines où les droits de l'homme servaient allégrement de suppositoires, a donc succédé un... un quoi en fait? Une espèce d'inextricable bourbier de borborygmes et autres onomatopées orales, allant du ricanement pubère à la consommation répétée de voyelles. Et il a poussé la perversion jusqu'à non seulement s'affranchir du vocabulaire usuel, mais aussi, qui pis est, de toutes les règles usuelles de syntaxe, de grammaire ou autre...

Mais allait-il s'en tenir là?

Non.

Car le djeunz s'est semble-t-il fixé pour objectif de mettre à mort un héritage culturel que Lagarde et Michard, au péril de leurs vies et de la santé mentale de leurs lecteurs, ont taché de porter aux nues.

Il a donc integré à son dialecte des éléments d'autres dialectes, pas plus beaux ni plus pertinents, non, mais plus pratiques, comme par exemple le célébrissime "je kiffe".

Ajoutons à cela des images romanesques comme "trop d'la balle" ou "ca déboite sa reum maudite" (exemple trivial qu'il convient de ne pas citer lors d'un diner chez le Comte de Paris).

Puis vint l'arme du crime... Le portable.

Sous couvert de réduire la longueur de son texte, dans un but prétendu d'économie, le djeunz s'est mis en tête d'aller jusqu'à abréger son propre dialecte. Ainsi donc, dehors les "demain", qui sont devenus "dem1", les "au revoir" des +++, et j'en passe, mélant joyeusement chiffres et lettres, plus lestement qu'un Laurent Romejko des grands jours.

Au moins cela pouvait-il trouver une explication pratique, ou au moins financiere. De même, on pourra, avec une clémence coupable, celle-là même qui nous prive aujourd'hui des joies de l'écartelement, pardonner d'un coup de pied le djeunz s'adonnant à divers loisirs vidéoludiques et qui, dans le feu de l'action, n'a que le temps de taper avec frénésie un "t1 jvé m fer buté" au moment où l'abomination qu'il s'est promis d'occire décide de manière inpromptue de s'en faire un en-cas raffiné.

Mais le djeunz a de la ressource, et mauvais esprit.

Vous fréquentez tous, ou presque, j'imagine, différents forums sur internet.

Et bien le djeunz a colonisé cet espace-là aussi!

Et depuis quelques temps, on peut voir fleurir le langage dit "SMS" dans ces espaces... Or, ici, foin d'économie ou autres, il s'agit juste de s'épargner de taper sur trois touches de son clavier.

Fort heureusement, s'est levée, dans un manteau blanc brocardé d'or, une légion résolue, la milice anti-langage SMS, qui châtie l'inconvenant qui s'aventure à balancer du phonétique écrit (très fort, il fallait l'inventer), puis s'en va dans un déluge de fleurs lancées par des nymphettes légères et court-vêtues, montés sur leurs étalons arabes et... Mais je m'égare.

Ami djeunz, toi qui est adepte du langage SMS... pardon, je traduis à ton intention: "yo man, toi ki kif vegra la tchatche SMS", sache donc que le net n'est pas un dépotoir à invention moisie, ni le dernier espace à la mode pour évacuer des containers de regression intellectuelle. Nous, ennemis farouches du langage, pardon dialecte, Essehémesse, nous serons le souffle chaud dans ta nuque, l'ombre dans ton dos, et potentiellement une douleur sournoise dans un endroit que la décence m'interdit de nommer.

Signé: Comité de soutien du Bescherelle.
Par Vassili - Publié dans : Craquages
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