Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 10:02

 

Aujourd’hui, je vais vous parler d’humour. Oui, d’humour. Pourtant, je ne compte pas parler de politique, alors que le sujet s’y prête étonnamment : entre les accords entre EELV et le PS, les velléités germanophobes de Montebourg, les déclarations marseillaises de Guéant et autres joyeusetés, il y aurait de quoi faire. Simplement, n’ayant pas la hauteur de vue de Libération ou de l’Express, j’aurais bien trop peur de me faire casser les reins par des spécialistes reconnus qui, tel Béber du bar PMU voisin, ne manqueraient pas de me démontrer avec de magnifiques explications suintantes de démagogie que je me trompe lourdement, que « tous pourris », que la Révolution c’est l’avenir et autres dogmes récurrents par les temps qui courent. N’étant d’aucune chapelle en particulier, si ce n’est celle du bon sens (ou en tous cas je m’y emploie), ce sont des sujets que je n’aborde plus guère. Comment ? Je viens de le faire. Mince. Ce n’était pas mon intention.

 

Non aujourd’hui, miné par une angine tenace (je sens bien que ma vie vous passionne), j’ouvrais difficilement un œil maussade au chant joyeux de mon radio réveil qui m’annonçait sa litanie de nouvelles consternantes, qui confirment quotidiennement que pour s’en sortir il ne faut compter que sur soi… Evidemment, radios modernes obligent (comme je cherche une info un peu moins partiale que la moyenne j’évite France Inter), j’avais aussi droit à de la pub en rang serré, comprendre un peu d’infos au milieu de la pub. Et qu’ouïs-je ? Un obscur blaireau qui, dans une parfaite vulgarité, narrait ce qu’il qualifiait de l’année d’un mythomane. Nom dudit blaireau : Nicolas Bedos.


Nicolas Bedos.

 

http://pmcdn.priceminister.com/photo/technikart-n-151-nicolas-bedos-les-freres-farrelly-nicolas-ker-sarah-shahi-les-derniers-secrets-d-actuel-revue-875486236_ML.jpg

Allons mon grand, tu n'as pas besoin de nous.

 

Le débat ne portera pas sur le thème « peut-on être un Bedos et être drôle », car à mon sens ce débat est tranché depuis longtemps (et la réponse est « non » hein, ne me désespérez pas). Non, je préfère orienter ma colère vers un phénomène plus général qui est celui des « billettistes », appelons-les comme cela.

 

Depuis quelques temps, on voit fleurir, de-ci de-là, ces chroniqueurs surexposés, apôtre du bon goût et arbitre des élégances, qui créent une forme de clivage entre les gens de qualité (ceux qui les apprécient) et les gros cons rétrogrades (les autres), ce qui est un peu réducteur. Prenons la bio typique d’un chroniqueur de ce genre : « avec un humour acide et acerbe (avec sottise et méchanceté), Nicolas Bedos pose un regard décalé (il se donne un genre qui malheureusement ne suffit pas à lui donner un fond) avec toute l’insolence qu’on lui connaît (où l’on en revient à ma parfaite vulgarité de tout à l’heure).

 

Autour du cercueil de Desproges, il y a comme des courants d’air. Et ils sont nombreux, depuis quelques temps, à rêver de revêtir les habits de clown triste du maître. Certains le font avec un certain talent, comme Philippe Meyer. D’autres n’ont même pas compris la base même de l’humour Deprosgien, tels Bedos, Guillon, et la meute de tartuffes de France Inter.

 

http://www.shots.fr/wp-content/uploads/2010/06/stephane-guillon-france-inter-shots.jpg

Sans commentaire.

 

D’abord, Desproges avait du talent. Aussi incroyable que cela puisse paraître, ça joue quand même un peu. Ensuite, Desproges avait du fond. On peut en chercher longtemps chez les précités, qui se contentent en général de prendre telle ou telle personne (de préférence qui ne soit pas dans les petits papiers des médias ou du public) et le traînent dans la boue avec acharnement, s’offusquant que l’on puisse confondre leur immense talent avec de la diffamation de bas étage. Or, ça, cela s’appelle avoir du fonds, oui, mais de commerce (d’où l’erreur de français initiale). N’importe qui peut déverser des tombereaux d’immondice sur quelqu’un, et il suffit d’avoir un dictionnaire et une certaine complaisance du milieu médiatique pour être immédiatement porté aux nues. Mais ce qui différencie Desproges de ces pillards sans scrupule, c’était l’intelligence de l’attaque, sa précision, sa pertinence. Il ne s’agissait pas de dire tout et n’importe quoi pour blesser. Mieux encore, on entend parfois dire que Desproges pouvait se laisser aller à la vulgarité, ce qui est, à mon humble avis, faux : il pouvait lui arriver d’être grossier, oui, mais toujours à dessein, avec un objectif précis que servait cette grossièreté. Cela ne doit pas être confondu avec de la vulgarité.

 

Voilà pourquoi Desproges avait de l’humour, que le Robert définit comme une « forme d’esprit qui consiste à dégager les aspects plaisants et insolites de la réalité, avec un certain détachement ». Aspects plaisants et insolites, ce qui exclut la diffamation. Détachement, ce qui là encore implique du recul, de la finesse. La meilleure question à se poser est : l’un d’entre eux aurait-il pu livrer le magnifique exercice de style que livre Desproges face à Le Pen ?

 

 

 

 

 

Il ne s’agit pas de dire qu’untel est meilleur que tel autre. C’est évidemment le cas, mais ce n’est pas le but. Il s’agit simplement de mettre en avant le gouffre abyssal qui sépare tous ces apôtres pathétiques du but qu’ils prétendent poursuivre, et de fustiger ceux qui se gargarisent de ce qu’ils pensent être leur propre talent, et qui ne sont finalement que divers remugles.

 

Tout simplement, que penser d’individus qui se croient autorisés, de toute leur prétendue superbe, à répondre à une jeune femme qui leur met le nez dans leur médiocrité : « t’es une connasse » ? Le tout en direct à la télévision ?

 

 

Au cas où vous douteriez de ma bonne foi, voici la démonstration de la classe et du talent de ce garçon...

 

Guy Carlier, Stéphane Guillon, Stéphane Blakowsky, Nicolas Bedos, et j’en oublie, ce petit papier est pour vous. Puisque vous avez de l’humour, vous le prendrez avec recul.

 

Je suis un grand amateur de Desproges. Lui-même avait, en partie, dévoyé l’héritage de Vialatte qu’il disait assumer en le faisant évoluer d’une certaine poésie légère et rafraichissante vers du comique plus concret. Mais on pardonne tout à l’intelligence. Malheureusement, messieurs, cette excuse ne vous est pas offerte.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/06/Pierre_Desproges17.jpg/250px-Pierre_Desproges17.jpg

Quand on pense qu'il trouvait normal

que l'on n'ait pas de succès si l'on n'avait pas de talent.

Il serait bien amer aujourd'hui.

Par Vassili - Publié dans : Billets d'humeur
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Jeudi 29 septembre 2011 4 29 /09 /Sep /2011 17:38

Voici ce qui pourrait constituer la courte préface d'un livre à paraître. Vos avis nous intéressent.

 


GENESE


Page blanche. Angoisse. On imagine peu l’anxiété qui étreint le jeune écrivain, car oui je jouis encore du privilège d’une relative jeunesse, au moment de se pencher sur ce qui pourrait constituer son premier opus, sa première symphonie, l’œuvre fondatrice de sa carrière, le point d’origine, bref, l’alpha.


Si l’on fait une biographie, deux branches de l’option : soit on fait une autobiographie, et si l’on est jeune on passe pour un individu inexpérimenté qui ne sait pas de quoi il parle, soit l’on est vieux, et on est alors qualifié de donneur de leçon ou de vieillard cacochyme par les plus mal élevés. Reste l’option de la biographie mais après un examen minutieux des rayons des libraires les mieux fournis, j’ai l’impression que des cuistres ont pris tous les personnages intéressants. Certes, je vous l’accorde, il serait simple alors de consacrer quelques pages à un rescapé de la télé-réalité ou à une star autoproclamée que les outrages du temps auront tôt fait de faire disparaitre en repensant à Chateaubriand : « Vous qui aimez la gloire, soignez votre tombeau : couchez-vous-y bien ; tâchez d’y faire bonne figure, car vous y resterez. ».


Nous pouvons donc d’un geste dédaigneux tourner la page des biographies, qui ne paraissent pas promise à un grand avenir. Et puis c’est quand même beaucoup de travail.


Posons-nous donc la question que tout écrivain doit se poser en premier : qu’est-ce qui marche à l’heure actuelle ? Car soyons clairs, les écrivains romantiques qui écrivaient sous influence opiacée avant de rouler dans un caniveau devenu leur seule demeure après la visite des huissiers ont bel et bien disparu, aujourd’hui l’écrivain rêve essentiellement de gloire, de notoriété, mais surtout plus prosaïquement d’argent et de femmes, objectifs intemporels de tout individu qui se respecte. Aussi, soucieux de m’intégrer comme il se doit dans cette communauté, j’éprouve le besoin impérieux de me mettre au diapason, et me penche sur l’arbitre moderne des élégances : Gala, Voici, Télérama, il ne manque pas un seul de ces censeurs, de ces critiques, de ces cerbères méticuleux sur mon bureau. Marc Lévy, Guillaume Musso, l’inoxydable Cartland, trois polars pervers, quelques histoires vantées pour leur côté « gore », barbarisme désignant un livre qui pèse plus lourd en viande qu’en encre, Harry Potter et tous ceux qui se sont engouffrés dans la brèche largement ouverte…


Pour être parfaitement tout public, il faudra donc divers ingrédients.


Pour commencer, une histoire romantique. N’importe quelle aberration à l’eau de rose fera l’affaire, avec une préférence pour une histoire fantastique qui facilitera les manœuvres transversales vers d’autres genres littéraires. L’autre avantage, c’est que les champions actuels de la discipline ont prouvé depuis longtemps qu’être totalement dénué de style et mépriser la langue française n’empêche pas des ventes colossales, ce qui ne peut que rassurer un débutant.


Polar pervers, donc. Soit la romance se termine mal, dans un déluge de sang et de feu avec un inspecteur bourru et fatigué qui cache sous des dehors austères un cœur gros comme le Texas (© Cartland), soit on commence sur un crime particulièrement sordide, comme une vieille dame-pipi noyée dans son urinoir avec son yorkshire profondément enfoncé dans le gosier, avec deux enquêteurs que tout oppose (notre flic bourru donc, et par exemple la fille de la victime, grande amatrice de Yorkshire) et qui finiront par roucouler de concert.


Il faudra, évidemment, une énucléation, voire une émasculation à la cuillère à café pour une scène plus longue, possiblement un témoin du crime torturé longuement avec des raffinements de cruauté. On peut imaginer Alphonse, client régulier de la victime, qui se retrouverait enchaîné avec du fil barbelé avec en fond sonore une rengaine entêtante et insupportable. Il suffit d’ailleurs de régler sa radio sur une radio dite « libre » pour qu’immédiatement l’inspiration vienne.


Enfin, donc, du fantastique. Bien sûr, nous autres, français, avons eu Guy de Maupassant, mais les masses odieuses ont découvert la littérature fantastique avec Harry Potter. Certains, plus éveillés, ont lu Pratchett, Poe ou Lovecraft, le style du dernier étant inversement proportionnel à la qualité de sa narration. Mais l’écrasante masse, celle qui assure les ventes les plus colossales, ignore tout de cela, et le Horla doit s’effacer devant les Horcruxes. Fantastique, c’est entendu, mais pas trop effrayant : il faut qu’on reste en terrain connu. Il faut se garder des ambiances angoissantes, de la torture mentale du pauvre lecteur auquel le corbeau répète à l’envi « jamais plus », des terreurs organiques que peuvent faire naître les grands écrivains, de ces peurs qui font appel à ce que nous avons de plus primaire, de plus sensoriel… Non, non, il nous faut des méchants très méchants, des gentils très gentils, et des vilaines bêtes pas trop effrayantes. Un dragon-poney, par exemple.


Maintenant que je vous ai fait part de mon business plan, pour employer l’un de ces anglicismes à la mode, il faut encore lui donner un peu de consistance.


Un héros, soit, mais lequel ? Les héros féminins sont fragiles et attachants, mais les héros masculins, eux, rassurent le lecteur apeuré, surtout dans un environnement terriblement machiste. Le personnage féminin est plus souvent une victime qui se débat, son alter-ego masculin ayant davantage de prise sur les événements. Je pourrais, comme beaucoup de confrères, écrire l’histoire de l’héroïne, plutôt que d’en consommer comme beaucoup de confrères là encore, mais je n’ai pas l’arrogance nécessaire pour prétendre connaître suffisamment les femmes, au point de pouvoir me placer dans leur esprit tortueux, privé de bon sens et de second degré, et si résolument plus sensible que le nôtre. Restons-en donc à un héros masculin, auquel il faudra de toute façon une compagne, une partenaire.


Frank et Marie ? Un prénom américanisant et un prénom passe-partout ? Ou bien Michel et Catherine ? On inverse ? Là encore, peu importe, tout le monde s’en moque, est-ce qu’avec des prénoms différents, des œuvres référentielles comme « Paul et Virginie », «  Roméo et Juliette » ou « Marc et Sophie » n’auraient pas eu le retentissement planétaire qu’elles ont connu ? « Quelle lumière jaillit par cette fenêtre? Voilà l'Orient, et Françoise est le soleil! » - « Ô Francis! Francis! Pourquoi es-tu Francis? » - « Françoise, tout émue, tenant Francis par le bras, s’approcha de l’habitant et le pria, pour l’amour de Dieu, de pardonner à son esclave, qui était à quelques pas de là derrière eux. » - Françoise ! Viens t’occuper du chien des Labenne s’il te plaît ! J’arrive Francis ». Bon, évidemment, la démonstration n’est pas particulièrement probante, mais on peut tout de même constater que Marc et Sophie survivent mieux à l’exercice que les deux précédents textes. On en conclura ce que l’on voudra.

 

Un lieu. Là encore, il y a deux types d’écrivain : celui qui parle de lieux dans lesquels il ne s’est jamais rendu, son imagination et sa bibliographie faisant la différence, et celui qui au contraire veut à tout prix être aussi méticuleux que possible en ne parlant que de ce qu’il connait. Il est temps de prendre des risques, je ferai donc partie de la seconde catégorie, en tâchant néanmoins de laisser la part belle à l’imagination. Je vous rappelle le leitmotiv de cet œuvre, teinté d’esprit corporatiste : vendre et faire vendre.


Pour l’instant, j’ai le sentiment que nous avons bien déblayé le terrain, et avec une analyse aussi pointue de la situation je ne vois pas comment vous pourriez échapper au best-seller que selon toute logique vous tenez entre vos mains, sur vos genoux, sur les fesses de votre conjoint ou dans toute autre position que vous pourriez trouver agréable.


Et aïe donc.

Par Vassili - Publié dans : Mon univers
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Samedi 25 juin 2011 6 25 /06 /Juin /2011 19:46

Titre un peu pompeux, je vous l'accorde, mais qui résulte de l'ébouriffante expérience que je viens de vivre. Ceux qui me font l’amitié de me suivre sur ce blog (merci à vous 4) le savent bien : je suis naturellement porté vers l’emphase. Néanmoins, dans le cas que je vais évoquer devant vous, et aussi ubuesque que cela puisse paraître, je vous demande de croire que je vais mesurer chaque mot.


Je viens de voir l’avenir. Oh un avenir résiduel, limité, mais l’avenir toutefois. L’avenir du jeu vidéo. Ne partez pas tout de suite, faites montre de curiosité et suivez mon explication jusqu’au bout.

 

http://blog.lefigaro.fr/jeuxvideo/999-box-art.jpg


999, pour Nine Hours, Nine Persons, Nine Doors est à la vérité bien plus un roman interactif qu’un jeu vidéo, mais la différence est à mon sens bien plus ténue qu’il n’y parait. Souvent, le jeu vous met dans la peau d’un avatar (qui peut être un homme, une femme, un avion ou ce que vous voulez) et dans un cadre narratif plus ou moins figé. Pourtant, depuis quelques temps déjà, le jeu vidéo cherche à éclater sa narration, privilège qu’aucun média ne peut lui disputer : que ce soit un film ou un livre, aucun autre média ne peut prendre en compte les choix et les agissements du joueur comme les mondes évolutifs des jeux vidéo peuvent le faire. La mode, récente, des « open world », les jeux bac à sable où le joueur peut faire vivre à son avatar une « vie dans le jeu », ou les jeux de rôles actuels, se focalisent tous sur l’importance des actes du héros sur son environnement. Et quoi de plus grisant, en effet, quelle manière plus concrète de se sentir un héros que d’influer sur son environnement.


Dans ce contexte, pourtant, Heavy Rain, sorti l’an dernier sur PS3, avait détoné : dans ce jeu, que j’ai chroniqué dans ces colonnes, le joueur incarne 4 personnages dans un véritable film interactif. Néanmoins, le film était tout de même solidement ancré sur ses rails, et l’impact du joueur était essentiellement de savoir si l’un des personnages allait mourir ou non. L’histoire était belle et poignante, l’enquête passionnante, mais il en résultait une once de frustration…


Et voilà qu’au détour de furetage sur le web, je croise au détour d’un article de l’excellent blog « le joueur se lève » que vous trouverez ici (http://blog.lefigaro.fr/jeuxvideo/2011/05/les-beaux-restes-de-la-nintend.html) le nom d’un jeu dont j’ignorais l’existence : le fameux 999. Stupéfait par la passion du rédacteur, pourtant un joueur mature et plutôt difficile, je me mets à me renseigner : Gamekult, eux aussi féroces, IGN, tous attribuent à ce « jeu » une note faramineuse. Il faut que je sache : je me procure le précieux sésame (je vous rappelle que la DS n’est pas zonée).


Et en effet : quelle claque.


9 personnes se réveillent à bord d’un bateau en train de couler. En 9 heures, elles vont devoir réussir à s’échapper et à survivre.


La trame est classique, la narration, beaucoup moins. Car ce n’est plus de la narration éclatée, ici, mais vraiment une narration déstructurée, comme aucun livre seul ne peut la permettre. En réalité, il faudrait plusieurs livres, mais le procédé serait fastidieux.


Le risque est grand de spoiler, je m’en tiendrai donc à la périphérie de la chose. Vous allez finir le jeu une première fois, et vous échouerez à peu près forcément. Je ne minimise pas vos grands talents, vous échouerez. Et c’est là que le jeu prend tout son sens.


Vous pourrez alors recommencer en gardant en mémoire tout ce que vous savez déjà. Ainsi, vous pourrez passer en accéléré les scènes que vous avez déjà vues (sans quoi le concept serait insupportable) et surtout, explorer de nouvelles pistes. Au fil de vos enquêtes (six fins sont disponibles), vous allez découvrir l’histoire et la personnalité de vos compagnons d’infortune, mais aussi les tenants et aboutissants de l’histoire. Sans trop en dire, cette notion de « recommencer avec ce que l’on sait déjà ancré dans la tête » n’est absolument pas artificiel, elle sera même déterminante à un moment-clé du jeu, sans pour autant sortir de nulle part comme un deus ex machina. Quel plaisir de se prendre à avoir un sourire acide en entendant certains commentaires de personnages, alors que l’on sait pertinemment qu’ils mentent, et quel plaisir aussi, et surtout, de faire le maximum pour tâcher d’éviter les fins sinistres qui s’offrent à nous, en essayant d’être au bon moment au bon endroit.


Ces 6 fins, une bonne, trois mauvaises et deux médianes, font toutes sens, et c’est un peu comme si on lisait un roman du même type en choisissant à chaque fois le cheminement du héros.


Du coup, en quoi est-ce un jeu ? L’essentiel du jeu passe en effet par les dialogues et le texte, excellents au demeurant. Mais de temps en temps, avec vos coéquipiers du moment (et non, vous ne franchissez pas 9 portes à la suite, mais plusieurs en même temps), vous aurez à résoudre une énigme, en fouillant une pièce, en combinant des objets, etc. Les énigmes sont d’ailleurs parfaites : suffisamment bien construites pour exiger que l’on se concentre, elles ne sont pas non plus d’une difficulté à s’arracher les cheveux. Ainsi, à condition d’être un minimum attentif, elles obéissent toutes à une logique qu’il sera tout à fait possible de comprendre et/ou deviner. Le stylet de la DS est, à cet égard, un vrai plaisir, tant il se prête à ce genre de jeu.


Finalement, pour peu que vous soyez anglophones (et même si vous ne l’êtes pas, adjoignez-vous les services d’un dictionnaire), vous allez découvrir une expérience ludique absolument passionnante, bourrée d’idées, et qui grignotera votre temps comme si de rien n’était. Et si tout cela vous semble excessif, reportez-vous aux tests sur Internet : tous les testeurs en sont devenus accros.


Pour finir, on peut dire de ce jeu le meilleur compliment que l’on peut faire à un jeu vidéo : même les plus hostiles aux loisirs vidéoludiques y trouveront leur compte, tant ce jeu sort des sentiers battus de son art, pour devenir la nouvelle incarnation du roman interactif.

Par Vassili - Publié dans : Mon univers
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Vendredi 17 juin 2011 5 17 /06 /Juin /2011 11:24

C'est à ne pas croire...

 

On se demande, parfois, et non sans une certaine pertinence à l'occasion, à quoi peuvent bien servir certains chercheurs du CNRS ou d'ailleurs, tant les sujets de leurs études semblent ésotériques aux malheureux profanes que nous sommes. Certes, certes, je n'en disconviens, l'évolution de la taille du testicule de gnou ou les conséquences problématiques du cycle de reproduction des otaries sur l'économie subsaharienne ont tendance à me laisser froid, homme de peu de science que je suis. J'ai bien conscience d'avoir tort, tant il est vrai que, comme disait le grand penseur, sans la science il n'est pas de bonheur possible, mais je m'en accomode à la vérité fort bien, et comme beaucoup d'entre nous je vis ma vie de profane en ignorant le champignon atomique planant au-dessus de ma tête.

 

Pourtant, lundi dernier, l'Allemagne, fief de la discipline et de la rigueur, vient de prendre, seule, la tête de notre classement non-officiel des études à la con. Car des chercheurs en neurochirurgie de Dusseldorf ont étudié, avec minutie, le problème suivant: "

"Traumatic brain injuries in illustrated literature: experience from a series of over 700 head injuries in the Asterix comic books."

 

Voilà. Pour ceux qui seraient fâchés avec la langue de Wayne Rooney, il s'agit donc des "lésions cérébrales dans la littérature illustrée: étude à partir d'une série de 700 blessures au crâne dans les volumes d'Asterix".

 

Je n'invente rien (je ne suis pas journaliste, moi, je peux me permettre d'être rigoureux) puisque voici la conclusion (synthétisée) originale http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21472486 , ainsi que deux articles qui confirment l'information http://neogaf.net/forum/showthread.php?t=434076 ou encore http://www.neuropsychologie.fr/index.php?/blog/1/entry-219-etude-dune-cohorte-de-700-traumatises-craniens-romains/

 

On pourrait penser que c'est complétement con. Et ça l'est. Car figurez-vous que le sémillant gaulois ne serait donc, finalement, qu'un toxico shooté à la potion magique (qui le fait physiquement planer), en plus d'un psychopathe brutal, comme en témoignent ces blessures violentes infligées au crâne. Rassurez-vous, comme le signale l'étude, aucune de ces blessures n'a entrainé de décès ou de séquelles irréversibles (Astérix est donc une mauviette).

 

Tout cela est bien évidemment une vaste plaisanterie issue des colonnes de la trés sérieuse revue Acta Neurochirurgica, mais reste quand même que des chercheurs ont employé leurs temps à théoriser la violence d'Asterix. Lequel est d'ailleurs un Hitler en puissance, puisqu'un seul groupe humain, les Romains, totalise 64% des agressions subies, quand eux-même n'ont provoqué qu'à peine 5% des traumas subis dans Astérix. Et les chercheurs de se demander, avec angoisse, comment des TC (a priori, les neurochirurgiens trouvent branché de dire TC pour Traumatisme Cranien. C'est sans doute pour cela qu'ils sont neurochirurgiens et pas moi), comment ces TC, donc, avec un Glasgow 3-8 (renseignez-vous, c'est énorme) peuvent n'avoir aucune conséquence grave...

 

Du côté des Romains, on se pose la même question, certes, mais on le vit plutôt mieux.

 

Vaste farce, donc, mais financée par le contribuable... Je ne vais pas me hasarder à jouer le pisse-froid, mais j'espère, sans avoir pu le vérifier, que cette recherche vient d'une Université Privée, auquel cas le DRH aura sans doute du boulot sous peu...

Par Vassili - Publié dans : Craquages
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Samedi 30 avril 2011 6 30 /04 /Avr /2011 15:14

Connaissez-vous la montagne russe cinématographique? C'est très simple, cela consiste dans le visionnage de deux films en moins de 24 heures, en enchainant un bon film et une bouse. QUand on finit par le bon film, c'est tolérable. Dans le cas contraire, cela met de bien méchante humeur. Oh, certes, aucun des films concernés ne fera son entrée au panthéon du septième art, mais le second nommé mérite une correction que je vais tâcher de lui ingliger dans les règles de l'art.

 

Premier d'entre eux, et bonne surprise donc, avec

 

http://img545.imageshack.us/img545/2756/thoraffichefrancaisedef.jpg

 

 

THOR,

De Kenneth Branagh, avec Chris Hemsworth, Natalie Portman et Anthony Hopkins

 

En Asgard, Odin règne en souverain paisible depuis la trève signée avec les géants des glaces. Mais le caractère impétueux de son fils Thor, prétendant au trône, va entraîner un retour à la guerre, et le bannissement du dieu de la foudre et du tonnerre.

 

Marvel Studios poursuit sa politique de redressement des adaptations de ses super-héros au cinéma. Depuis la création dudit studio, les films ont connu un net regain de qualité, lié à l'omniprésence de la maison-mère à tous les niveaux de la production. Et, comme pour Iron Man en son temps, si l'adaptation de Thor pouvait laisser craindre un film sans grand intérêt, force est de reconnaitre que le film est fort agréable à suivre, et que les deux heures passent sans s'en rendre compte.

 

A cela, plusieurs raisons. La première d'entre elles est évidemment le choix du réalisateur: Kenneth Branagh étant un grand habitué de la dramaturgie anglo-saxonne et du théâtre, il était inattendu de le voir ainsi s'atteler à un comics, forcément à grand spectacle. Et pourtant, tout en assurant précisément le spectacle, Branagh réussit à restituer dans son film le souffle des grandes gestes germaniques, entre héroisme, chevalerie, manipulation et réfléxion sur le pouvoir, tout en maitrisant sa narration pour assurer une oeuvre cohérente à défaut que le scénario soit à la hauteur. Comme on pouvait s'y attendre à la lecture du pitch, le scénario ne brille pas par son ampleur, et on pourra regretter que la quête de rédemption du héros soit si vite expédiée, mais l'ensemble est harmonieux et séduisant, avec au premier chef la présence d'un antagoniste inhabituel dans ses mécaniques et ses objectifs.

 

De même, le casting a de quoi séduire: si le héros manque tout de même un peu trop de charisme, les autres acteurs sont justes et évitent un cabotinage inutile, y compris la fameuse nemesis qui surjoue certes quelque peu, mais cela correspond assez bien au personnage.

 

Enfin, le film réussit aussi à introduire une certaine dose d'humour liée tantôt à l'imaginaire nordique, tantôt au côté un peu kitsch de la bande dessinée originale, et tantôt à un comique de situation un peu facile mais plutôt cocasse. il suffira de voir la triple neutralisation consécutive de Thor pour s'en convaincre.

 

Thor n'est pas un chef d'oeuvre, loin s'en faut. On est loin de Black Death ou de Detective Dee, que je chroniquerai prochainement si je m'en sens le courage. Mais c'est un film qui louche parfois du côté de l'épopée, parfois du côté de la comédie d'aventure, mais qui respecte toujours son objet, car la clé est là: Branagh voulait faire ce film, cela se sent, pour montrer qu'un blockbuster peut aussi surgir des mythes et légendes sans en bafouer les codes.

 

Je pourrais pester sur une 3D inutile une nouvelle fois, sur des géants de glace qu'on croirait sortis de Buffy ou donc sur ce scénario aux faiblesses perceptibles, mais ce serait injuste pour un film tout à fait sympathique, spectaculaire, et qui renoue avec un cinéma des années 80-90 que l'on pensait perdu.

 

Un autre film renoue avec le cinéma des années 90, mais il aurait, lui, beaucoup mieux fait de s'abstenir, et il s'agit de

 


http://img52.imageshack.us/img52/4753/scream4affiche.jpg

 

SCREAM 4

De Wes Craven, avec Neve Campbell, Courtney Cox et David Arquette

 

Non. Je dis non. Le premier Scream, en son temps, avait été loué pour sa roublardise, l'un des maîtres du genre jouant des codes qu'il avait tant exploités dans sa filmographie pour livrer un "slasher" qui devait ensuite engendrer des hordes de métrages allant du gentil nanar au navet poussif. Les deux suivant sentaient l'exploitation de la vache à lait. Celui-ci sent le paiement d'impôt et l'exigence de vite remplir les caisses, tant du point de vue du casting que du metteur en scène.

 

Il ne faut jamais écouter les critiques (c'est pourquo je vous invite à quitter ce blog immédiatement, non sans avoir au préalable lu cette critique pour ne JAMAIS aller voir ce film). Elles expliquaient, en majorité, que le film créait de nouveaux codes, faisait montre d'un humour ravageur, etc. Ah bon?

 

Prenons le pitch: Sidney Prescott revient dans sa ville natale pour y raconter son expérience de survivante. Et les meurtres recommencent.

 

On imagine mal ce que le LSD peut faire créer. Mais ici, point de LSD, mais un simple pretexte. Pourquoi pas, après tout, puisque ces films ne brillent pas par leur originalité. D'ailleurs, la scène d'ouverture du film, qu'il convient de ne pas spoiler, est très réjouissante, puisqu'elle semble donner le "la" d'un film créatif et innovant, d'un Wes Craven qui chercherait à redevenir le maître de l'horreur qu'il a cessé d'être depuis longtemps. Bon sang, on parle quand même du type qui a réalisé "la colline a des yeux" et "dernière maison sur la gauche", deux monuments en leur temps! Du géniteur de Freddy Krueger.

 

Et en effet le film part sur des bases solides: critiques des réseaux sociaux et des envies de gloire, mise en abyme du cinéma d'horreur devenu un genre prisé du public après des années d'errance, critique donc des innombrables films qui se sont engouffrés dans la brèche du premier film.

 

Puis tout s'arrête. Après quelques minutes durant lesquels on mesure tout ce qui pourrait être entrepris dans ce film, et les innombrables pistes pour effectivement révolutionner le genre mais aussi et surtout la série, qui s'essoufle jusqu'à l'asphyxie, on a le sentiment que le réalisateur a fait une crise cardiaque et a été remplacé par un jeune puceau incapable de tenir une caméra.

 

Sans même parler du twist final, d'une bétise absolument abyssale, le film qui s'octroie le droit de se moquer de son propre genre enfile tous les poncifs possibles, évoque quelques idées avant de les enterrer énergiquement, aligne les séquences qui se veulent homériques mais n'ont ni rythme ni impact, pour servir au final un gloubiboulga insipide et, pire encore, prétentieux.

 

Voilà un film qui entend imposer de nouveaux standards et ne fait que recycler, qui vilipende le manque de créativité des remakes alors qu'il est lui-même une sorte de "double remake" (le twist final vous donnera la clé) du premier, et s'offre même le luxe de tailler tel ou tel film, pourtant bien moins mauvais que lui...

 

Je ne m'attarderai pas non plus sur le casting de bovins qui pollue cet épisode, avec en tête de file une Courtney Cox anorexique et incapable de prendre la mesure d'un rôle basique.

 

Disons simplement que ce Scream n'invente rien, n'apporte rien, ne surprend plus... Et dire qu'il est sensé être le premier d'une nouvelle trilogie. Je pense que je vais me faire un devoir de voir les deux prochains opus, car j'affirme que ce Scream n'apportant rien de nouveau, il ne peut, en aucune façon, réinitialiser le genre.

 

Et quand on pense que dans une scène dans un club de ciné, peuplé de férus du 7ème art, on voit sur tous les murs, et dans tous les premiers plans, des affiches des films de Craven, comme s'il tentait de nous dire: "regardez ce que j'ai fait les mecs, je suis une légende, donc mon film est le nouveau fil rouge du genre". D'abord, le passé composé est d'une pertinence brûlante, mais aussi et surtout, si l'on y réfléchit bien: le premier Scream détournait les poncifs du genre pour en imposer de nouveaux. Si Scream 4 entend détourner, à son tour, ces nouveaux poncifs, on y revient aux films des années 80. D'ailleurs, le film ne se prive pas pour faire évoquer, via ses "personnages" (si l'on peut dire), certaines légendes de l'époque. Seulement, le public n'était pas le même, le monde était différent, et surtout, surtout, ces films-là avaient du talent.

 

Scream 4 est le prototype du film qui n'est plus de son époque. Et Ghostface (le nom choisi par les fans, je présume) a bien raison de crier.

 

Nouvelle décénnie. Nouvelles règles. Mais toujours la même daube.

Par Vassili - Publié dans : Mon univers
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